Historique de la TECHNO

Pour mieux appréhender les nombreuses musiques actuelles regroupées sous le terme général de Techno, il faut faire un aparté sur l'ascension de la musique électronique au cours de ces dernières décennies.

A l'aube des années 70, le rock psychédélique donne naissance à une vague de groupes essentiellement allemands, tels que KRAFTWERK, Can ou encore Tangerine Dream qui populariseront la notion de musique planante, industrielle et synthétique. Sans oublier les expérimentations Ambient de Brian Eno ou Robert Fripp. Ces origines théoriques étant posées, on peut désormais décrire les musiques de danses et de clubs, dont la Techno en est aujourd'hui l'une des composantes.

A Munich, en 1976, Giorgio Moroder, producteur des premiers disques de Donna Summer, fait naître le disco. Ce nouveau courant musical a pu s'imposer en masse grâce à la croissance du nombre de boîtes de nuit en Europe. Les disques proposés par Giorgio Moroder sont un savant mélange de voix souls et d'instruments électroniques.

L'année suivante verra le déferlement disco par le biais des Bee Gees et de la bande originale du film " Saturday Night Fever " avec le célèbre John Travolta. Cette année 1977 sera riche en événements où le rock sera bousculé par le punk et la soul par le disco. Ce sera également l'entrée en scène de Bonney M, Village People ou encore Patrick Juvet. Une musique simple, destinée à l'amusement et à la fête avec son lot d'allusions sexuelles, de paillettes et de sueur. Le relais sera donné à une nouvelle forme musicale dance, plus agressive : le funk.

Issu de la soul et du rythm'n blues, le funk est une réponse à la quête de la renaissance du peuple afro-américain, effacée par les morts de Martin Luther King et Malcom-X.

Le disco, musique popularisée pour les Blancs ne fait que peu d'adeptes auprès de la communauté noire. Les expérimentations de Sly et de sa Family Stone, ainsi que les voyages de James Brown posant les bases naissantes du funk à la fin des années 60.

Une orientation musicale de club caractérise le funk dès la fin des années 70 avec des groupes comme Kool And The Gang, Earth Wind And Fire, et surtout Chic, avec l'album " C'est Chic " en 1978. Cela ouvre la voie pour les " eighties " aux figures phares du business musical américain que seront Prince et Mickaël Jackson.

En Europe, le déferlement du funk américain retentira sur toutes les ondes radio.
Puis, les années suivantes voient l'arrivée de nouveaux styles amorcés par la Hi-NRG ( nouveau style de disco ), avec le hit " Do you really want to hurt me ? " de Culture Club de l'année 82, ou la future pop-dance électronique représentée par Frankies Goes To Hollywood, Dépêche Mode ou Yello Magic Orchestra du japonais Ryivichi Sakamoto. Sans oublier bien sûr le travail de fond accompli par Kraftwerk.

Les styles évoluent, la dance évolue. A l'aube de ce milieu de décennie, il est important de noter que les frontières, jadis marquées entre la pop et la dance s'effacent peu à peu.

Ce sera, par le biais des mouvements New Wave et Cold Wave, l'avènement d'une ère nouvelle où les " blancs " comme les " noirs " produiront leur propre musique de danse, et où l'Europe comme les Etats-Unis inonderont les ondes de leurs hits.

Plus que jamais une époque charnière et fourre-tout, ce mouvement dénommé Electro-Pop amènera le public rock vers les clubs.

Que ce soit Frankies Goes To Hollywood ou Propaganda, ou les expérimentations synthétiques industrielles de groupes comme Dépêche Mode ou New Order, ou les arrangements funkysants d'Eurythmics et de Bowie, la musique " pour faire la fête " redonnera un élan à une pop agonisante.

En réponse, le rock pur et dur prendra le nom d'alternatif et d'independant avec des groupes comme les Béruriers Noirs ou les Ludwig Von 88 qui exorciseront la dance dans un grand pogo général.

Cette époque représentera également l'avènement de Culture Club et de son leader Boy George et autres personnages kitsch à la Bronski Beat.

Notons également les années 86-87, pour l'engouement du reggae et de ses herbes aromatiques. Les cultures africaines et afro-cubaines règnent sur une génération en mal de racines. Cela aura pour effet de mélanger les traditions et de permettre ainsi l'émergence de la scène zouk et raĩ. La volonté de communication et de transparence aura pour effet de porter la musique de loisir vers une plus grande tolérance.
Mais néanmoins, le rock héroïque à la U2 et Simple Minds, le néo-réalisme de Robert Smith avec les Cure ou le romantisme de Sting imposent leurs lois chez les " teen-agers " bercés de culture rock. Il faudra donc attendre la prochaine explosion stylistique par le biais de la house pour voir s'évaporer, grâce à une nouvelle génération, 40 années de suprématie pop où se réunira sur une même piste de danse un public provenant de tous les horizons musicaux. ( Sauf peut-être de la musette ).

Déjà en 1981, Larry Levan, DJ au Paradise Garage, club new-yorkais de Manhattan, révolutionne la dance music en mixant de longues plages instrumentales les unes entre elles, tirées des faces B des maxis 45 tours.
Ce style prendra le nom de garage, mêlant les sonorités discos à la sensualité de la soul.

La house music est quant à elle née à Chicago, aux alentours de 1986. Issue de tous les courants de la " Black Culture " ( funk - disco - soul - ... ) elle explose en 1987 avec des artistes comme M/A/R/R/S et son célèbre " Pump Up The Volume ".
Bien évidemment, le producteur est l'élèment clé de cette réussite qui utilise l'informatique, les synthétiseurs et les bienfaits de l'échantillonneur.

La house music est partout et elle prendra diverses appellations comme la progressive-house, la deep-house, la hip-house, ... elle s'exporte également au soleil d'Ibiza ou en Belgique sous le nom de new beat.

Ces styles essentiellement dédiés à la danse s'ouvrent sur un nouveau public avec son vocabulaire, sa mode vestimentaire ( club wear et street wear ) et son mode de consommation personnalisé. Ainsi, le " smiley ", concept iconographique représentant une tête jaune stylisée souriante, devient la figure emblématique de l'acid-house.


En parallèle, un événement radical va émerger d'Angleterre entraînant ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui la " Rave Culture ".
Ainsi, les raves, ces soirées indépendantes et underground vont s'organiser dans des usines désaffectées ou des parkings souterrains, en plein air dans les bois ou sur des péniches, accueillant jusqu'à plusieurs milliers de personnes dans un paroxysme de lumière et de son. Car la volonté de sortir toute la nuit pour aller danser ne peut plus se faire qu'en clubs, qui suivent la législation, fermant leur portes à deux heures du matin. ( Imagé !!! )
Le concept même de la star, qui personnifie un message, laisse la place aux Dj's qui basent leur travail sur des créations d'ambiance pour faire danser entre la transe et le tribalisme, grâce peut-être aux substances illicites ! Le Dj devient ainsi un acteur musical à part entière, imposant son style et son choix de disques à mixer.

Cette fin de décennie amène également des Etats-Unis et plus précisément de Detroit, une Techno-house entraînée par Derrick May, Juan Atkins et Kevin Saunderson.

Ces nouveaux modes musicaux seront donc les précurseurs de tous les courants qui suivront, pour exploser sous le nom de TECHNO au début des années 90, avec encore aujourd'hui de sérieux relents de house music.

En 1992, l'Allemagne est le lieu de la consécration de la trance. Mais tout va très vite, car au même moment en Hollande, des artisans confectionnent de la progressive-house. En un an, le hardcore technoïsan s'affirme en Allemagne relayé une fois de plus par les Bataves grâce à une version plus commerciale du hardcore : la gabber-house. Dans cette frénésie d'accélération, les Belges proposeront dans la foulée une version plus speed de la trance que l'on nommera transcore. Ces années-là voient la reconnaissance de la culture techno par des megaraves que seront les soirées de Mayday en Allemagne, Energy en Suisse ou Universe en Angleterre. A l'aube de 1994, la recherche électronique consacre l'ambient dans un renouveau Techno où les flirts du hip-hop frappent à la porte en les noms de jungle et trip-hop.